AES : En route vers une intégration régionale ?
- The Civic Whisper

- 26 janv.
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L’AES représente-t-elle une réponse politique et géopolitique à l’échec du franc CFA et à l’impossibilité pour les États africains d’exercer une souveraineté monétaire réelle ?
Le Franc CFA s’inscrit dans une analyse politique, sociale, coloniale et économique précise qui nous permet de comprendre son inefficacité et les motivations des élites africaines mortes pour leurs désirs panafricanistes. Aujourd’hui, nous pouvons jouer sur la symbolique par la terminologie du CFA en l’appelant monnaie des Colonies françaises d’Afrique, ou monnaie des Communautés francophones d’Afrique, ou même implémenter l’ECO, mais la réalité restera la même. Cela ne résoudra ni les problèmes macroéconomiques des pays africains, ni leur souveraineté économique et politique, qui contraignent actuellement leur rôle dans les relations internationales.
Le Franc CFA a été fondé au revers des accords de Bretton Woods, qui entérinaient la naissance d’une monnaie internationale arrimée à l’or, gérée par le FMI, jugé impartial : un système monétaire qui a échoué, mais auquel la France a perçu un plan stratégique. Cette monaie fiduciaire a été principalement créé pour rendre les flux monétaires dépendants de la métropole, où le franc paraissait instable et où une dévaluation de la monnaie était nécessaire. Kadhafi dirait aujourd’hui honte à la CEDEAO, qui a cru en une possibilité de redorer le blason terni de l’identité africaine — si ce n’était qu’une servitude volontaire — en s’appropriant une monnaie coloniale et, pire encore, en miroitant à la population une nouvelle intégration monétaire. Celle-ci n’apparaît nulle part, si ce n’est dans un préambule dans lequel la République française prend acte d’une décision purement symbolique : passer du franc CFA à l’ECO. Cet accord était l’affirmation d’une suprématie française et la perpétuation d’une coopération née d’un traité signé le 4 décembre 1973.
Aujourd’hui, conscients de la volonté des peuples africains et des réorientations géopolitiques visant à se détacher de l’impérialisme occidental qu’ils considèrent comme la cause de leurs souffrances, par tous les moyens, l’Afrique doit opter pour la création d’une intégration économique et monétaire propre à l’UEMOA. Celle-ci serait suivie de réformes institutionnelles et symboliques dans le but de fuir autant que possible le triangle d’incompatibilité économique de Mundell, stipulant : « On ne peut jouir en même temps de la fixité des changes, de la liberté des mouvements de capitaux et de la souveraineté monétaire », de garder le pouvoir décisionnel et de s’éloigner de toute relation asymétrique en ce qui concerne la gestion de leur pays. Encore une fois, la démocratie est affaire de peuple et non d'ingérence étatique.
En effet, après avoir décrété l'échec de la CEDEAO par sa servitude volontaire à travers sa complicité dans les actions menées par la France pour consolider ses acquis tels que : l’opération Serval au Mali, le soutien militaire du président Idriss Déby au Tchad (Gaulme, 2013), ainsi que l’opération de la force licorne aux ordres de l’ex Président Nicolas Sarkozy en Côte d'Ivoire où un président déclaré par le Conseil constitutionnel a vu sa résidence bombardée, rapporté par Robert Bourgi; surnommé “Monsieur Afrique”, ancien conseiller politique et acteur clé de la Françafrique entre les 1980 et 2012 aux antennes de France 24. Une ingérence dans les affaires des États africains qui a encouragé un “printemps ouest-africain” dont l'AES s'est faite porte-parole.
Ainsi, deux options relèvent du choix individuel de chaque pays : soit intégrer une association dont les contours restent encore flous, comme l’AES, soit créer une monnaie nationale en fonction de leurs ressources et de leur intérêt national, une option qui paraît inefficace au vu de l’état du franc guinéen et de la pauvreté des pays africains, qui n’ont aucun réel pouvoir décisionnel sur leurs politiques macroéconomiques et les échanges internationaux.
À quand la mondialité ? À quand l’Afrique unie ?
Autant de questions laissées en suspens, flottant entre les murmures feutrés des pionniers du panafricanisme et l’écho plus grave des cris de ceux-là mêmes qui, porteurs de cet idéal, sont tombés au combat : Sékou Touré (Guinée), Modibo Keïta (Mali), Thomas Sankara (Burkina Faso), Muammar Kadhafi (Libye), Thabo Mbeki (Afrique du Sud), Patrice Lumumba (Congo), Cheikh Anta Diop (Sénégal)...
Référence :
France 24. (2024, 26 septembre). « Nicolas Sarkozy m’a dit : “Je vais vitrifier Laurent Gbagbo”, rapporte l’avocat Robert Bourgi – En tête-à-tête ». France 24. https://www.france24.com/fr/%C3%A9missions/en-t%C3%AAte-%C3%A0-t%C3%AAte/20240926-nicolas-sarkozy-m-a-dit-je-vais-vitrifier-laurent-gbagbo-rapporte-l-avocat-robert-bourgia
Feiertag, O. (2020). La zone Franc de 1945 à nos jours : échapper au triangle d’incompatibilité de Mundell. Revue française d'histoire économique, 14(2), 38-49. https://doi.org/10.3917/rfhe.014.0038. La zone Franc de 1945 à nos jours : échapper au triangle d’incompatibilité de Mundell | Cairn.info
Fouda Owoundi, J.-P.(2001). Le Franc CFA peut-il devenir une monnaie forte ? Mondes en développement, 113-114(1), 151-173. https://doi.org/10.3917/med.113.0151
Gaulme, F. (2013). Intervenir au Mali : le retour du politique. Études, Tome 418(5), 583-594. https://doi.org/10.3917/etu.4185.0583.
By Sir Whisper




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